LA PIERRE JAVELLE
CdC Pierre Savary Météo : beau et chaud.
En cette même année 1876, il y a 150 ans, Emile Javelle a fondé la section Jaman du CAS et effectué la première ascension du Tour Noir, 3836m. Ce sommet rocheux se situe à la frontière franco-suisse, entre le glacier de l’A Neuve du val Ferret valaisan et le bassin du glacier d’Argentière haut-savoyard. A environ 3 km au sud se dresse le Mont Dolent, 3819 m, borne italo-franco-helvétique. Emile Javelle était accompagné de trois camarades : M. Turner un jeune Anglais, Joseph Mooser un guide de Zermatt, et François Fournier porteur et cristallier de Salvan. Où avaient-ils passé la nuit du 2 au 3 août 1876 ? Pas à la cabane Dufour, inaugurée en 1927 et maintenant appelée cabane de l’A Neuve. Ni dans une pension de La Fouly, alors un alpage, d’ailleurs à l’époque complètement déserté en hiver et d’où, en été, les paysans du coin livraient du bois à l’hospice du Grand-Saint-Bernard, par le col des Chevaux justement. Nos alpinistes ont dormi à l’abri d’un gros rocher, appelé maintenant la Pierre Javelle et portant une inscription gravée « A E. JAVELLE LA SECTION DES DIABLERETS DU C.A.S. 1927 ». La visite de ce bivouac improvisé, but de la journée pour les jeudistes, fut une façon d’honorer la mémoire de notre fondateur.
Parmi les 13 jeudistes présents (dont deux dames), Bernard Bovy et Jean-Pierre Pintozzi ont accompli l’ascension du Tour Noir en tout cas deux fois : en 1976 lors du centenaire de Jaman et en 1983 pour les cent ans de la mort d’Emile Javelle. Ces deux valeureux vétérans ont pu constater le recul important et la fonte rapide du glacier de l’A Neuve, visiblement moribond. Impressionnant et désolant phénomène, inquiétant aussi… La disparition de ces (naguère formidables) carapaces de glace est vraiment en cours…
Le 6 août donc fut une belle journée pour les jeudistes qui, dans ce cadre superbe de La Fouly où transitent les randonneurs lourdement chargés effectuant le Tour du Mont Blanc, ont pu tester leur forme (très diverse !) pour réaliser un dénivelé positif de 550 mètres. Environ quatre heures de marche au total ont donné l’occasion de vérifier la règle imposant que l’on soit toujours au minimum deux randonneurs ensemble sur un itinéraire, à la montée comme à la descente…
Et tous nous avons eu une pensée pour Emile Javelle, cet homme surdoué (alpiniste, écrivain, dessinateur), malheureusement décédé de la tuberculose à l’âge de 36 ans. Dans son ouvrage « Souvenirs d’un alpiniste », il a écrit, en relatant la première ascension du Tour Noir, les lignes suivantes, qui illustrent le plaisir qu’éprouvent aussi les jeudistes en montagne : « Juchés, plutôt qu’assis, sur des blocs branlants, les jambes pendantes sur les précipices qui s’ouvraient aux flancs de notre gigantesque clocher, nous pouvions jouir tranquillement d’un de ces spectacles devant lesquels on pense tout naïvement qu’on est heureux d’être au monde et d’avoir de bons yeux ».
